Il
Lupo,
Ce
poème est très beau en effet. Je me demande d’ailleurs si François
d’Assise ne flirtait pas un peu avec la théorie des quatre éléments.
Il prenait ainsi sans doute le risque de s’afficher avec
certains penseurs du monde grec païen mais aussi avec celui des
alchimistes et autres penseurs ésotériques aux idées jugées peu
convenables par certains chrétiens.
Mais comment aurait-il pu être suspecté d’hérésie, lui qui
« suivit dans sa vie
les préceptes de l'Évangile, à la lettre » !
Il
a été canonisé dès 1228
par l'Eglise catholique romaine.
Il n’a certainement jamais couru le risque de finir comme Giordano Bruno. Lui,
a été « mis nu mais avec un mors
l'empêchant de parler
sur le Campo Dei Fiori et supplicié sur le bûcher, le 17 février
1600”.
Si
je pouvais parler de l’économie de l’esprit, dans le sens où l’on
parle de l’économie du corps humain pour désigner l’ensemble
de ses organes et leurs fonctions ainsi que la manière dont ils sont reliés
entre eux, et dont ils se développent et évoluent, je dirais la chose
suivante :
Au
niveau du peuple, l’esprit a besoin de la religion qui demeure, il faut
l’admettre, la méthode la plus pratique pour interpréter et représenter
le monde.
La conception scientifique constitue une autre solution, une autre voie, plus
récente, presque moderne. Mais le passage de l’une à l’autre, oblige à
exécuter
un énorme saut, un mouvement dangereux,
risqué et sans doute peu recommandé pour quelques-uns.
En effet, qu’offre la pensée scientifique pour remplacer des concepts comme
« le salut de l’âme », « le péché originel »,
« la vie éternelle » ou « l’immortalité » ?
Pas grand-chose ! « Mais,
doit penser le savant, faut-il vraiment les remplacer ? »
Dans cette économie, il devient de plus en plus clair, que nous avons besoin
de pensées intermédiaires, de transitions. C’est, en tout cas, ainsi que
je considérerai le beau poème de Saint François d’Assise.
En somme, l’art ne constitue-t-il pas déjà
pour le peuple, « ce succédané de la religion » si nécessaire
au développement de l’esprit ?
Il est lui aussi de nature à apaiser, à rendre plus léger le fardeau
de la vie.
Que
l’art joue donc ce rôle ! Et il le joue fort bien, d’ailleurs. Au
fond, que fait l’artiste ?
Il ne fait que créer un monde qui
lui convient. Il rend ainsi belles et attrayantes les choses qui ne le
sont pas forcément.
Mais, ne se comporterait-il pas de la même façon que l’homme
religieux qui craint d’affronter le vrai monde, la vie bien souvent, et
va se réfugier
dans son monde qu’il crée de toute pièce. Les deux font tout ce qu’ils
peuvent pour éviter de faire face à la vérité.
Et si l’homme religieux n’était qu’une catégorie bien particulière
d’artiste ! ?
En
pendant ce temps-là, un peu de répit serait accordé à l’homme de la
connaissance qui a bien besoin de
calme et de réflexion
pour ajuster sans cesse ses fragiles théories, en évitant les chausse-trapes
des pseudo sciences, ainsi que les discussions
et controverses
qui ne le concernent pas.
Permets-moi,
pour terminer, de citer un grand penseur que ce débat « créationnisme
ou évolutionnisme» aurait sans doute fait sourire.
Cette pensée me paraît s’insérer à merveille dans le contexte de
notre discussion d’animaux savants. Car nous le sommes, n’est-ce pas, Il
Lupo ?
« Prométhée
ne devait-il, par une sorte de délire, s’imaginer d’abord avoir dérobé
la lumière, et devoir expier cette action – pour enfin découvrir
qu’il avait créé la lumière par son désir même de lumière,
et que non seulement l’homme, mais aussi le dieu étaient l’œuvre de
ses mains,
de l’argile façonnée par ses mains? Le tout rien que des images de
l'artiste en images? – de même que l'illusion, le vol, le Caucase, le
vautour
et toute la tragique prometheia de tous les hommes de connaissance? »
Nietzsche ( Gai savoir § 300)
Salut
animal ! Et bienvenue dans notre petit groupe !
Kurma
La Tortue