vendredi 21 juillet 2006        21/07/2006 15:34

 

« Le bonheur, C’est espérer moins et aimer plus. »

 

http://www.psychologies.com/cfml/article/c_article.cfm?id=615

DOSSIER : LE BONHEUR C’EST POSSIBLE !

Propos recueillis par Isabelle Taubes et Arnaud de Saint Simon

 

Rencontre entre le philosophe et le psychanalyste : qu’est-ce qui nous empêche d’être heureux ?

Le philosophe et le psychanalyste poursuivent le même but : nous aider à vivre mieux. Sauf que l’un croit le bonheur accessible, l’autre pas.

 

André Comte-Sponville, chef de file de la nouvelle génération des philosophes. Optimiste

 “Petit Traité des grandes vertus”, “Traité du désespoir et de la béatitude”, “De l’autre côté du désespoir - Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad“ (Ed. Accarias - L’Originel). Dernier paru : “la Sagesse des modernes”, en collaboration avec Luc Ferry (Robert Laffont).


Gérard Miller, le psychanalyste. Pessimiste.

journaliste, passionné pour la vie politique et les difficultés de vivre en société.

Parmi ses ouvrages : “le Divan des politiques”, “Du père au pire”, “Malaise”. Il témoigne de son expérience de psychanalyste face à des patients en quête de bonheur, dans “Psychanalyse 6 heures 1/4” (Seuil). Dernier livre paru : “Moments de vérité : le hasard, le destin et la psychanalyse”.

 

Nous les avons réunis, Gérard Miller ayant accepté de nous recevoir chez lui, leur donnant l’occasion de confronter leurs points de vue, pour la première fois, sur ce sujet clé.

Propos recueillis par Isabelle Taubes et Arnaud de Saint Simon

 

Platon, le bonheur, c’est " avoir ce qu’on désire ".

                                si l’on ne désire que ce qu’on n’a pas,

                                                                        on n’a jamais ce qu’on désire.

Spinoza. Etre heureux, c’est désirer ce qu’on a, ce qui est ! En somme, espérer moins, aimer plus.

Gérard Miller : Espérer moins pour aimer plus... Pourquoi pas ? Mais que faire de la dysharmonie des sexes : entre les hommes et les femmes, l’antagonisme est statutaire, depuis toujours ça ne va pas ... on peut être optimiste : la joie existe, c’est vrai, et heureusement ! Mais, à long terme, autant ne pas se raconter de bobards.

A. C.-S. : Pourtant, les lettres de Freud, à la fin de sa vie, sont teintées d’une sorte de sérénité : " Je vois les choses du point de vue de l’éternité. " Cette éternité n’est pas l’immuable, c’est le devenir. Tout change et il faut l’accepter. " Il ne faut jamais faire de reproches au destin ", dit-il.

 

Le bonheur serait-il la résignation au malheur ?

A.      C.-S. : Ce n’est pas seulement la résignation au sens négatif, ce serait une résignation joyeuse, sereine, une acceptation. La vraie sagesse est du côté du " oui " à l’existence. Notamment, oui au malheur, oui à l’échec. Il n’y a pas de bonheur dans la vie si on n’accepte pas la mort. Il n’y a pas de bonheur dans l’amour si on n’accepte pas l’échec de l’amour. Accepter n’est pas renoncer à transformer – c’est la différence avec la résignation. Au contraire, pour transformer le monde, il faut l’accepter tel qu’il est.

G. M. : Est-ce avec le monde qu’on doit
se réconcilier ? La cure psychanalytique se propose de nous réconcilier avec nos symptômes, c’est-à-dire avec notre propre faille, ce n’est déjà pas si mal. Mais vous avez raison de remarquer qu’il faut s’y faire, au monde ! Nous ne lui sommes pas homogènes et lorsque nous lui disons "oui", notre inconscient continue souvent à lui dire "non". "P

 

Jacqueline Demornex        avril 1998

« La source du bonheur est dans notre cerveau »

Et si le bonheur, c’était vraiment dans la tête ? Une piste scientifique sans doute insuffisamment explorée, que nous explique un PDG-philosophe, dans son dernier ouvrage.

Jacqueline Demornex
avril 1998

CONSEILS :
pour emprunter le chemin du bonheur...

• Distinguer plaisir et bonheur.

• Apprendre à utiliser les émotions comme signaux d’alarme qui peuvent donner à la conscience l’énergie pour laisser parler le néocortex.

• Découvrir les interdits du bonheur et leurs interdits de substitution.

• Se méfier de la méfiance, surtout vis-à-vis de soi-même.

• Apprendre à démonter les mécanismes des états d’urgence.

• Donner de la place au silence, au lieu de se laisser aller à l’excitation.

• Donner de l’espace au temps, au lieu de se goinfrer d’activité.

• Respecter la différence, la sienne et celle des autres, au lieu de la gommer chaque fois qu’on peut.

• Refuser systématiquement tout sentiment de culpabilité. Ce sentiment n’est jamais pertinent : autant on peut être coupable aux yeux des autres, autant on ne peut l’être à ses propres yeux, puisque, par définition, ce qu’on a fait, on ne pouvait le faire autrement.

• Eviter la dramatisation, procédé favori du dressage, ambiance favorite du cerveau limbique.

• Affronter sa peur de la mort, mère de toutes les peurs.

• Utiliser l’art sous toutes ses formes, pour explorer et exprimer sa personnalité profonde.

• Se méfier des mots qui sont des univers de croyances, et des pièges considérables dans l’accès à soi-même.

 

Jacqueline Demornex   avril 1998