Compte rendu du SÉMINAIRE du LUNDI 26 FEVRIER 2007 –
 « QUELLES BASES COMMUNES POUR UNE POLITIQUE EUROPÉENNE DE L’ENERGIE ? »

 

Jean LEMIERRE, Président de la BERD

Dominique RISTORI, Directeur Général Adjoint - DG TREN- (Bruxelles)

Corinne LEPAGE, ancien Ministre de l’Environnement, candidate aux présidentielles

Jean-Marie CHEVALIER, Professeur à Paris-Dauphine, Directeur CGEMP

Modérateur : Jacques RUPNIK, Directeur de recherche au CERI-Sciences-Po

 

Jacques RUPNIK : Ce séminaire est un peu particulier puisque nous accueillons parmi nous pour quelques jours un certain nombre de journalistes d’Europe Centrale, des nouveaux membres de l’UE. Toute la philosophie de notre Club est d’en faire un lieu d’échange entre des perspectives françaises et des perspectives des nouveaux membres sur les enjeux européens. Il nous a paru intéressant et important de commencer par un sujet crucial, celui de l’énergie, pas seulement parce que c’est l’une des priorités de la Présidence actuelle de l’UE, mais parce que plus généralement, c’est l’un des enjeux majeurs auxquels l’Europe doit faire face aujourd’hui dans ses dimensions géostratégiques, économiques, environnementales. Trop souvent dans la presse ces problèmes sont vus à travers un angle étroitement politique. Il n’est pas mauvais de situer ces questions-là au-delà des relations politiques avec l’Allemagne, la Russie, dans un cadre plus général et de savoir s’il peut y avoir une perspective européenne.

 

Jean LEMIERRE : Devant la complexité de ce sujet, il faut d’abord comprendre au mieux ce qui se passe pour essayer d’élaborer des relations à long terme à peu près équilibrées.  Je procèderais à une série de remarques

 

Première série de remarques : vu de l’Ouest de l’Europe, tout d’abord le fait est que l’on a besoin de plus en plus d’énergie, dans les anciens membres de l’UE mais encore plus dans les nouveaux membres de l’UE où la croissance est soutenue et dont les besoins énergétiques très élevés. Cette demande en énergie est d’autant plus soutenue que l’UE à juste titre,a posé comme condition la fermeture de centrales nucléaires qui n’étaient pas sûres sur le plan de la sûreté. En face, on a deux grands producteurs à l’Est : la Russie mais aussi le Kazakstan et l’Azerbaïjan. La Russie a pris au cours des deux dernières années des mesures envers ses voisins immédiats, qui ont eu un impact sur l’UE : une première mesure liée au débat énergétique avec l’Ukraine à l’occasion de l’augmentation des prix du gaz, et une deuxième mesure similaire il y a quelques semaines avec le Bélarus. L’Union Européenne a pris conscience qu’il pouvait y avoir dans certaines circonstances politiques des risques dans la continuité de l’approvisionnement, ce que personne n’avait vu au cours des 50 dernières années, l’URSS puis la Russie ayant été des fournisseurs tout à fait fiables et responsables.

Un deuxième sujet important tient à l’organisation des réseaux énergétiques. On y a relativement peu réfléchi dans la préparation de l’élargissement de l’UE à 10 nouveaux pays (8 pays d’Europe centrale + 2 Roumanie/Bulgarie), à savoir que le réseau énergétique de ces 10 pays était entièrement branché sur l’Est. En regardant la carte des gazoducs par exemple, il est tout à fait évident que l’ensemble du système énergétique de l’Europe Centrale, Bulgarie, Roumanie, est exclusivement tourné vers l’Est en matière gazière et pétrolière (et sur eux-même bien entendu en matière nucléaire). Cette dimension simple a été complètement sous-estimée. Or c’est une donnée importante lorsque des accords tendent à contourner un pays ou à éviter un pays comme la Pologne.

Au-delà de la problématique énergétique européenne générale se pose de façon très particulière la question énergétique de l’Europe Centrale et de la sécurité d’approvisionnement de l’Europe Centrale. Enfin, vu de l’Est la Russie est un grand producteur de gaz et de pétrole. Elle a besoin de débouchés et de clients. Les russes ont besoin de l’Europe, ils ont besoin de marchés, d’acheteurs, au-delà même de leur volonté d’être à leur avantage dans les termes des marchés. Cela paraît relativement évident.

Ensuite, se pose la question  importante de savoir comment on organise convenablement un marché, ce qui suscite un débat interne à l’UE entre une vision grosso modo allemande de la sécurité énergétique avec des contrats de long terme, relativement fermés avec un acheteur, et une vision britannique de la sécurité énergétique, basée sur le marché, des contrats courts, extraordinairement diversifiés, comme par exemple en matière pétrolière. Vous n’avez pas une seule vision en Europe de ce qu’est la sécurité énergétique. Elle peut être atteinte de manière extrêmement différente selon les différents pays européens.  C’est un vrai débat particulièrement en matière gazière - le pétrole n’étant pas vraiment en cause - qui est caractérisé jusqu’à présent par une contrainte forte : le tuyau. Les russes ont toujours exporté le gaz par un pipeline par la voie terrestre, continentale où peut se constituer relativement un monopole. La Russie est en train maintenant d’évoluer vers une autre technique, qui est celle du LMG. L’introduction de la technique du gaz liquéfié, nouveauté tout à fait essentielle pour les russes, à SAKALINE actuellement, va probablement changer les termes du débat.

 

Deuxième série de remarques : quand on se place à l’Est, on s’aperçoit que l’Europe a une vision extrêmement limitée. L’Europe est convaincue que dans sa relation énergétique avec la Russie, elle est une sorte de monopole. C’est faux. Bien entendu le marché européen est un marché extraordinairement important pour les russes, ne serait-ce que par son pouvoir d’achat et par sa croissance potentielle. Mais il y a un autre marché : le marché asiatique, qui croit vite. Il suffit d’aller en Russie ou davantage encore au Kazakstan pour constater la présence abondante des acheteurs asiatiques et notamment chinois. Aujourd’hui les pays comme la Kazakstan ou l’Ouszbékistan sont l’objet d’une très grande concurrence. Ma remarque sur la Chine ne concerne pas la région dans laquelle la BERD intervient. Elle vaut pour le monde entier, notamment l’Afrique. Mais l’Europe doit bien avoir conscience du fait qu’il y a une concurrence énergétique forte.

J’en viens à une autre remarque. Si la Russie a de l’énergie, permettez-moi ce terme peut-être un peu excessif, elle n’a pas énormément de ressources financières. La Russie est vue comme un pays extraordinairement important en matière énergétique, qui a pris des engagements de fourniture d’énergie à long terme. Or la capacité à fournir de l’énergie à long terme suppose d’énormes investissements, d’abord dans le réseau de transport mais également dans l’exploration. Certains organismes dont l’Agence internationale de l’Energie ont commencé à poser la question suivante : la Russie a –t-elle les moyens d’honorer les engagements qu’elle a pris à long terme ? Ces débats sont sérieux à Moscou.

 

Troisième remarque : Vient ensuite une autre dimension fondamentale dans le débat énergétique avec l’Est : l’extraordinaire « inefficience énergétique » de l’Est de l’Europe. L’Est européen est une des régions du monde les plus inefficaces sur le plan énergétique. Les statistiques montrent que la consommation d’énergie par unité de PNB produite à l’Est est 7 fois supérieure à celle de l’Europe occidentale. Tous ceux qui connaissent la Russie savent que le gaspillage d’énergie est la règle. Les technologies sont anciennes. L’absence de tarification pendant des dizaines d’années fait que l’énergie n’est pas une contrainte tant sur le plan technologique que sur le plan de la gestion des équipements. Par absence d’investissement et absence de gestion, il y a un fantastique gaspillage énergétique.

Cependant il est intéressant de voir que les russes commencent à en avoir profondément conscience. Le Kremlin nous a demandé de commencer à travailler sur le « gaz fering », le gaz rejeté dans l’atmosphère lorsqu’on exploite du pétrole, qui est une source d’inefficacité énergétique et de fantastique pollution. A l’autre bout de la chaîne, les débats de l’efficience énergétique dans le chauffage urbain prennent également un poids considérable. La question de l’efficience énergétique dans son ensemble est très fortement présente partout. Et elle est fondamentale. Mieux vaut dans un premier temps investir pour utiliser moins d’énergie et moins polluer plutôt que d’investir dans l’exploration énergétique de gaz et de pétrole. Autre exemple : Parlons clairement, l’Ukraine gaspille l ‘énergie. Or elle est extraordinairement dépendante de la Russie en matière énergétique. Depuis 1 an, à la suite de l’augmentation des tarifs de gaz pratiqués par la Russie, nous commençons à voir apparaître des investissements d’efficience énergétique extrêmement lourds notamment dans les secteurs de l’acier. J’évoque cette dimension rapidement mais elle est extraordinairement importante, Il est dans l’intérêt bien compris des économies de l’Est d’investir en matière d’efficience énergétique.

 

La quatrième remarque, plus géopolitique, a trait au point de vue des grands producteurs du Kazakstan et de l’Azerbaïdjan mais surtout du Kazakstan, la Caspienne, peut-être demain l’Ouzbekistan. Ces pays sont des fournisseurs d’énergie, mais ils ont une difficulté : le transport. Le transport passe essentiellement par la Russie. D’où l’intérêt crucial d’entretenir de bonnes relations entre ces pays, la Russie et l’Union européenne pour favoriser le transit dans des conditions convenables économiquement. La route du Caucase qui vient d’être développée avec un projet de type BTC  permet de pallier un peu ce problème. Mais elle est utilisée avec grande prudence. L’équilibre géopolitique est de savoir comment ces pays peuvent contourner la Russie sans fâcher ce dernier. Ce n’est pas un sujet facile d’autant plus qu’au Sud, il y a l’Iran qui pose d’autres types de questions. Vous avez un corridor extrêmement étroit. D’où sur le plan politique l’extrême importance de la stabilité du Caucase pour favoriser cette route de l’exportation de l’énergie qui encore une fois est utilisée avec précaution et nous ramène bien entendu au débat sur les bonnes relations avec la Russie.

 

Cinquième remarque : En conclusion de tout ce que je viens de dire sur ces enjeux énergétiques, la Russie est absolument incontournable sur le plan énergétique. Il n’est pas réaliste de penser qu’une solution miracle permettrait d’éviter ce débat. Il devra avoir lieu de mon point de vue de manière plus organisée, plus structurée sur le plan européen, afin de progresser dans la compréhension des enjeux mutuels. Et il y en a un certain nombre : la Russie a besoin d’investir dans l’efficience énergétique, dans le transport et probablement, ultérieurement, dans l’exploration pour ses propres besoins et les besoins occidentaux. Normalement il y a un intérêt qui s’arbitre par le prix à la stabilité de l’approvisionnement. Deuxième point important : la concurrence est là, elle est asiatique. Le temps court. Mon sentiment est que nous perdons un peu de temps dans ce débat. Il ne faut pas tarder à structurer convenablement ces relations avec la Russie.

En face, la Russie est un partenaire compliqué qui tend aujourd’hui à concentrer son activité dans le domaine gazier dans les mains d’une société, Gazprom. Il est clair qu’un vendeur tend à créer un monopole ce que la Commission n’aime pas beaucoup. Or le propre de la Commission, ceci dit amicalement, est qu’elle n’aime pas les monopoles. Cependant si elle parvient à lutter contre les cartels à l’Ouest, elle a du mal à lutter contre les cartels à l’Est. La question est de savoir comment dans une économie ouverte on discute avec une société qui devient dominante. Mais en fait prenons les choses simplement. La question ne me paraît pas être fondamentalement liée à Gazprom mais au dialogue politique et la capacité de l’Europe à s’engager avec la Russie d’une manière constructive.

 

Ceci m’amène à évoquer brièvement un dernier sujet. Le débat énergétique ne trouve largement sa solution qu’en dehors du débat énergétique. Je ne crois pas que le débat énergétique en lui-même apporte la solution. Il trouve probablement une autre forme de réponse dans la volonté profonde de la Russie de développer une économie viable en dehors de la rente gazière et pétrolière. Peu de pays au monde ont réussi, les seuls étant les pays développés. Malheureusement la plupart des pays en voie de développement connaissent de très grandes difficultés du fait de la rente gazière et pétrolière. Ce n’est pas à vous que je l’expliquerais. Je crois que les Russes en sont profondément conscients.

Ainsi avec la rente pétrolière et gazière, apparaît l’enjeu pour eux de développer une économie qui s’intègre dans l’économie mondiale. D’où l’extraordinaire importance de leur entrée dans l’OMC - proposer aux russes, à condition que les conditions soient remplies, des mécanismes globaux et bien connus comme ceux de l’OMC, c’est une bonne chose-, et l’extrême importance de l’investissement en dehors du pétrole et du gaz en Russie. Il est clair que, utiliser la rente gazière et pétrolière, pour développer l’économie russe, créer des emplois, lutter contre la pauvreté, est un élément profond de stabilité. Autrement dit rendre la Russie moins sensible au gaz et au pétrole est certainement dans l’intérêt des acheteurs de gaz et de pétrole et pas le contraire. L’isolement n’est certainement pas la manière de stabiliser les choses.

Enfin s’ouvre une dimension politique et économique croissante du système, extrêmement sensible : la volonté de certaines entreprises russes, publiques ou privées d’investir en Occident. On l’a vu dans plusieurs dossiers, parfois dans des dossiers énergétiques comme la volonté de sociétés russes d’acheter par exemple des sociétés de distribution gazière au Royaume-Uni (c’est l’affaire Centrica), de se porter acquéreur d’Arcelor, d’acheter une participation dans EADS-Airbus. On voit bien que l’ensemble de ces discussions, qui doivent être menées de manière très techniques, très professionnelles comme investisseurs retentissent très profondément sur l’économie énergétique.

La conclusion que je tire est qu’un partenaire énergétique important, incontournable, soumis à d’autres pressions, est un partenaire qui doit s’intégrer et non pas être rejeté, qu’il y a aujourd’hui des voies d’intégration et de développement des relations avec ce partenaire que ce soit au niveau de l’investissement en matière de production, d’efficience énergétique ou dans le domaine non énergétique. Je pense qu’une des manières de traiter courageusement la question énergétique ce que courageusement la Commission européenne essaie de faire, c’est d’avoir une vision européenne beaucoup plus unie, beaucoup plus forte, traitant ces différentes questions une à une.

 

Ma dernière remarque sera sur les enjeux intra-européens. Un effort tout à fait considérable doit être mené dans le cercle intra-européen pour aider un certain nombre de pays, notamment les pays d’Europe Centrale que nous connaissons bien à la BERD, qui sont moins sensibles à leur histoire énergétique, à parvenir à la diversification énergétique. Là il y a des questions simples : l’interconnexion des réseaux par exemple. C’est une nécessité absolue si l’on veut rendre les pays d’Europe Centrale moins sensibles à un fournisseur dominant. Mais ce n’est pas une question à traiter avec les russes, c’est une question à traiter à l’intérieur de l’Union Européenne. A ce stade, le mieux est que mon voisin en parle.

 

Jacques RUPNIK : La transition est parfaitement trouvée.

 

Dominique RISTORI : Donc je prends la balle au bond. Les propositions de la Commission s’inscrivent dans un contexte double, celui du changement climatique et celui de l’énergie, que je vais décrire très rapidement. Il est double à juste titre puisque le réchauffement de la planète que l’on constate partout sur tous les continents est largement dû aux influences des émissions de gaz à effet de serre. Pour 80% ces gaz sont le résultat de la production et de la consommation d’énergie dans le monde. Le pont entre le climat et l’énergie est un pont direct.

 

Le contexte de l’énergie est caractérisée par deux ou trois éléments clefs :

-          Premier élément : la force de la demande énergétique mondiale, élément décisif, élément moteur qui va influencer les marchés énergétiques pour longtemps, notamment avec l’influence croissante des grands marchés asiatiques, chinois, indiens et pas seulement ceux-là. On peut estimer à 60% la croissance de la demande énergétique mondiale d’ici à 2030.

-          Deuxième élément qui n’est pas non plus singulier à l’Europe, c’est le manque hallucinant d’investissements dans le secteur énergétique. C’est vrai en Europe, c’est vrai aux Etats-Unis. C’est vrai dans les pays émergents où se pose moins la question du remplacement des systèmes existants, de leur modernisation, que celle de l’équipement nouveau. Le résultat est que rien que pour l’Union européenne, on estime au moins 900 milliards d’euros le besoin d’investissement pour le secteur électrique dans les 20 prochaines années. C’est  aussi le résultat de l’illusion qui a prévalu lors des dernières 25 dernières années : illusion de la surcapacité, et illusion des prix pas chers. Car il ne faut pas oublier qu’il y a encore 4 ou 5 ans tout se passait dans un climat euphorisant de ce côté-là. Le réveil est brutal.

-          Troisième élément qui singularise le paysage énergétique européen, c’est la dépendance croissante vis-à-vis de l’extérieur. Monsieur LEMIERRE en a parlé. C’est important. Si l’on ne fait rien, d’ici une vingtaine d’années, on sera à 65%-70% de dépendance extérieure pour l’Europe. Donc il y a une nécessité de réagir.

 

Sur l’élément climatique, le réchauffement de la planète, je rappelle que pour la première fois dans l’histoire, un événement climatique, les ouragans Katrina qui ont causé de formidables dégâts dans le Golfe du Mexique aux Etats-Unis, a conduit à prendre la décision de libérer 60 millions de barils de pétrole au niveau de l’Agence Internationale de l’Energie. C’est la première fois dans l’histoire qu’on a pris ce type de décision, une décision énergétique d’importance pour des raisons de sécurité d’approvisionnement suite à un événement climatique.

 

1.  Sur le volet climatique, la proposition de la Commission,et à mon sens il n’en existe pas d’autres d’une dimension égale, nulle part ailleurs dans le monde, c’est de nous imposer par une décision contraignante des chefs d’Etat et de gouvernement et du Parlement Européen, une réduction de 20% par rapport au niveau de 1990 des gaz à effet de serre à l’intérieur de l’Union. C’est un élément de crédibilité extrêmement important pour ouvrir en parallèle simultanément une négociation internationale d’abord avec tous les pays développés – il faudra bien dans un second temps l’ouvrir aussi aux autres et notamment aux chinois et aux indiens – pour réduire ces gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2020. C’est une proposition très importante, très ambitieuse. Et c’est la raison pour laquelle elle est soumise directement aux chefs d’Etat et de gouvernement, aux Premiers Ministres lors de la réunion du Conseil européen des 8 et 9 mars prochain.

 

2. Sur le volet énergétique.

2.a). D’abord un mot sur la sécurité énergétique, je serai relativement court car Monsieur LEMIERRE s’y est à juste titre longuement arrêté. La diversification reste pour nous un élément fondamental : diversification entre sources d’énergie, diversification entre fournisseurs. Pour la diversification des routes du pétrole et du gaz, il faudra faire jouer beaucoup plus le poids collectif de l’Union Européenne sur le créneau des relations extérieures, parce que si l’on ne contribue pas à pacifier les régions que traverseraient les routes, on n’arrivera pas à attirer les investisseurs. C’est vrai pour le Caucase ou l’Azerbaijan, la Georgie, l’Arménie, en conflit perpétuel, au Carabar et autres. C’est vrai pour l’Asie Centrale comme il a été souligné entre l’Ouzbekistan, le Kazakstan, le Turkmenistan etc.

Sur la Russie. Il est vrai que la Russie est incontournable comme il a été souligné, il est vrai aussi que nous sommes dans un contexte de relations plus équilibrées qu’il ne paraît. Parce que si nous sommes en partie dépendants du pétrole et du gaz russe, les russes ont aussi besoin de l’accès au marché européen. Il faut donc profiter de cet équilibre pour poser tranquillement mais fermement certaines questions ou certaines conditions, notamment en ce qui concerne l’accès aux infrastructures, les questions de transit, ou lorsqu’il s’agit d’importer de l’électricité russe de demander le respect des normes de sûreté nucléaire ou d’environnement. Ce sont des éléments très importants pour nous. Pour progresser il faut pouvoir dans le cadre de ces discussions parler d’une seule voix.

 

2.b) Le volet de l’efficacité énergétique est un grand chantier principalement sur trois secteurs : le bâtiment, les transports et les appareils électriques.

-          Pour les appareils électriques, il faut que nos produits électriques aient la double caractéristique de la performance pour ce qu’on leur demande (lorsque vous achetez un réfrigérateur, vous demandez d’abord la production de froid, la circulation de l’air dans les différents compartiments) et l’efficacité énergétique. C’est un formidable défi pour nos industriels avec l’élargissement de notre marché intérieur - presque 500 millions de consommateurs -, et un formidable atout pour l’exportation au fur et à mesure que la sensibilité sur le climat s’accroît. Et elle s’accroît partout, même aux Etats-Unis, même en Australie, et même en Chine.

-          Sur le secteur du bâtiment, il faut s’attaquer non seulement aux bâtiments nouveaux, futurs en termes d’isolation, mais à la rénovation et à la modernisation des bâtiments et du parc existant. On se rappelle qu’on a déjà une directive-bâtiment, que de ce point de vue on a le cadre légal probablement le plus avancé au monde. Il faut passer à une vitesse supérieure et expliquer à l’ensemble des consommateurs que finalement isoler une fenêtre c’est économiser à peu près 20% d’une facture de chauffage ou de climatisation. Isoler un toit c’est à peu près 30% d’économie. Comme les factures énergétiques sont des factures de plus en plus lourdes, il faut un effort important d’information et de sensibilisation des consommateurs.

-          Le troisième secteur-clef pour l’efficacité énergétique, le secteur des transports où se consomme l’essentiel du pétrole. Il faut continuer l’effort de rénovation et de modernisation du parc automobile en agissant sur les carburants et sur les moteurs. Je rappelle qu’on a déjà progressé beaucoup en Europe puisque aujourd’hui une voiture européenne mise sur le marché en 2007, consomme en moyenne 7 litres au 100 (km). C’est plus du double aux Etats-Unis. Il faut continuer sur cette voie et en même temps appeler tous nos responsables régionaux et locaux pour que des décisions de bon sens soient prises notamment en matière de régulation des trafics urbains, là où la pollution est la plus importante et où l’on peut obtenir (il y a des exemples à Londres et ailleurs) des résultats très prometteurs par un jeu de mesures qui vont de la taxation aux mesures incitatives pour l’utilisation de voitures de petite cylindrée à faible consommation.

 

2.c) Troisième élément, c’est le shift vers un système énergique faiblement émetteur. Là il faut encourager celles des énergies qui sont le plus faiblement émettrices. Vous connaissez les « mix énergétiques ». En matière d’émission il est clair que les renouvelables et le nucléaire pour les pays qui le choisissent, sont les deux seules sources à émission 0, très faible. Pour le renouvelable, nous avons mis en place un cadre légal très avancé. Nous proposons de porter à 20% la part des énergies dans le mix énergétique européen d’ici à 2020. Il faudra un important effort, qui devrait toutefois s’adapter aux caractéristiques des différents pays membres de l’Union. Certains peuvent faire plus d’éolien, d’autres plus d’hydro, d’autres plus de solaire ou de biomasse suivant les possibilités. Il faudra en même temps accompagner cet effort par un investissement plus massif dans la recherche pour les énergies propres et nous proposons d’augmenter d’au moins 50% les efforts  financiers pendant la période des nouvelles perspectives financières 2007-2013 au profit des énergies propres. Et pour le nucléaire, pour les pays qui le choisissent, actuellement 15 Etats membres produisent de l’énergie électrique d’origine nucléaire dans l’Union. Il nous faut poursuivre la mise en place du cadre légal le plus développé en matière de sécurité, de sûreté nucléaire (Monsieur LEMIERRE a rappelé les décisions prises pour la Lituanie, pour la Slovaquie et pour la Bulgarie à l’occasion de l’adhésion). Il nous faut aussi sur le plan international être unis et actifs sur la défense du traité de non-prolifération, élément essentiel dans la conjoncture actuelle.

 

2.d Enfin un dernier mot sur le marché intérieur. Le marché intérieur est un élément très important en tant que modèle européen de régulation. Ce n’est pas de la dérégulation mais de la régulation. Le pouvoir des régulateurs doit être accru pour toutes les questions transfrontalières, notamment les enchères et les mécanismes de compensation entre transmissions de systèmes opérateurs, entre gestionnaires de réseaux de transport. C’est un élément très important. Il faut garder les obligations de service public, autre élément qui caractérise le modèle européen. Il faut développer les interconnexions, l’interopérabilité des réseaux en ayant à l’esprit notamment la situation des nouveaux Etats membres par rapport au système de l’UCTE. Nos gestionnaires de réseaux de transport ont là un grand rôle à jouer. Il faut que les réseaux européens fonctionnent comme un véritable réseau unique de l’électricité et du gaz ce qui nous protègera des black-outs. L’ensemble de ces mesures devrait nous permettre à la fois d’être moins dépendants vis-à-vis de l’extérieur, et compétitifs en assurant l’équilibre entre « Lisbonne-compétitivité » et « Göteborg-environnement ». L’ensemble de nos mesures doit être vu sous le triple angle économique, social et environnemental. Enfin il faut que nous soyons plus compatibles vis-à-vis de nos engagements de Kyoto. L’Europe a joué un rôle de leadership, elle doit le conserver et le consolider.

 

Jacques RUPNIK : Merci beaucoup. Vous avez dit que l’Europe devrait parler d’une seule voix. C’est vrai dans la façon de gérer les enjeux environnementaux mais c’est particulièrement difficile pour la question de l’approvisionnement et nous avons eu des différends entre membres de l’UE. Je pense que dans la discussion on y reviendra. Je donne tout de suite la parole à Madame Corinne Lepage que je suis très heureux d’accueillir parmi nous.

 

Corinne LEPAGE : Merci de m’avoir invitée. J’ai quelques scrupules à m’exprimer après Monsieur LEMIERRE et Monsieur RISTORI car même si je m’intéresse de très près et de longue date aux questions énergétiques, je ne suis pas un spécialiste. Néanmoins le sujet est particulièrement important pour l’Europe et il m’apparaît être au cœur de 4 enjeux. Je commencerai par l’enjeu dont on a peu parlé, l’enjeu industriel puis l’enjeu économique, écologique et enfin géostratégique.

 

I. L’enjeu industriel est peut-être celui dont on parle le moins et pourtant il me paraît le plus mobilisateur. L’Europe est exemplaire dans le développement de nouvelles technologies environnementales, lancé il y a deux ou trois ans, et qui mobilise des fonds très importants. Il faut souligner cependant que si nous n’allons pas très vite, il est tout à fait clair qu’il s’ajoutera une difficulté supplémentaire aux celles dont il a été question sur le plan de l’indépendance énergétique, le retard industriel. J’ai beaucoup regardé ce qui a été fait chez nous, je regarde ce qui se passe en Europe, un certain nombre de pays se sont lancé dans les aux énergies renouvelables. Derrière il y a un véritable enjeu de révolution industrielle intérieur. A un moment où l’Europe s’interroge un peu sur ce que va être son développement industriel dans les 15 ou 20 ans qui viennent, la question énergétique me paraît une question centrale, à la fois dans le développement de l’éolien, du solaire, de la biomasse, de la géothermie, de l’énergie des marées dont on ne parle jamais ou très peu et qui pourtant est extrêmement prometteuse. Selon les secteurs la croissance est estimée à 5%, 25% ou 30% l’an mais également ces secteurs deviennent de plus en plus concurrentiels.

Je donnerai simplement deux chiffres : la Chine vient de décider d’investir 185 milliards de dollars sur les énergies renouvelables. Le chiffre d’affaires de ce que l’on appelle les nouvelles technologies environnementales (NTE) à l’échelle de la planète représente 570 milliards de dollars c’est-à-dire la même chose que l’aéronautique ou la pharmacie. Donc il me semble impératif de ne pas aborder la question énergétique, comme c’est souvent le cas sous l’angle uniquement environnemental et économique, mais de bien se rendre compte que s’il y avait une révolution industrielle en voie de se profiler au XXIe siècle avec celle des NTIC (Nouvelles technopoles de l’Information et des Communications), c’est bien celle des NTE (nouvelles technologies de l’environnement). Tout simplement parce que, vous l’avez Messieurs rappelé l’un et l’autre, le grand enjeu pour toutes les économies du monde, c’est effectivement de se mettre en ordre de bataille par rapport au changement climatique. Et l’on peut tourner autour du pôt tant que l’on veut, les énergies qui ne produisent pas de gaz à effet de serre et qui ont peu d’inconvénients, ce sont les énergies renouvelables. Le nucléaire ne produit pas d’effet de serre mais il a des inconvénients. On peut en discuter davantage, je ne suis pas une farouche anti-nucléaire. En ne parlant que des énergies renouvelables voyez l’avance qu’a le Japon dans le photovoltaïque, les investissements considérables que font les Etats-Unis. J’ai été comme tous les autres une opposante au refus de Georges Bush de signer les accords de Kyoto, mais quand on voit la réalité financière aux Etats-Unis, et l’importance des investissements qu’ils ont été fait dans les énergies renouvelables, dans l’économie d de l’hydrogène, j’ai toujours été convaincue, mais peut-être est-ce parce que j’ai très mauvais esprit, que le jour où les américains se sentiraient au niveau en termes industriels, ils seraient les premiers à pousser la réglementation sur l’émission des gaz à effet de serre.

 

II. Le second enjeu est l’enjeu économique c’est-à-dire le prix de l’énergie, l’intégration de cette hausse du prix de l’énergie dans les produits fabriqués, la question de la compétitivité européenne à l’égard des autres parties du monde du fait de besoins énergétiques croissants. Il m’apparaît tout à fait clair, qu’en réalisant les investissements tout à fait importants dont vous avez parlé Monsieur RISTORI dans les énergies renouvelables (dans le bâtiment c’est un peu différent) nous aurions une certaine compétitivité économique de nos produits que nous fabriquerions à partir des énergies dont nous serions les seuls producteurs. (une fois les coûts d’échelle atteints, les prix baissent).

Le sujet tout à fait central est celui d’une bascule des investissements car, les puits n’étant pas sans fond, à partir du moment où le budget européen est celui que nous savons, il est clair que l’augmentation massive des investissements notamment en termes de R&D en particulier sur les énergies renouvelables s’accompagnera de sacrifices dans d’autres secteurs. Mais, l’idée très mobilisatrice d’avoir au niveau européen un grand projet qui serait dirais-je « la CECA du 21eme siècle », c’est-à-dire « écologie-énergie », permettant de cibler des crédits, de faire de la formation, et d’abord d’établir une réglementation qui pousse à la production (exemple : l’Espagne a créé 50 000 emplois dans l’énergie solaire en 2 ans en rendant obligatoire les chauffe-eau solaires sur toutes les constructions. Ce n’est pas très compliqué et çà fonctionne). Même si on n’est pas un farouche partisan de la réglementation tous azimuts, certaines réglementations sont créatrices de demande industrielle.

 

III. Troisième volet : le volet écologique. Je ne parlerai pas de l’effet de serre que tout le monde a parfaitement compris. Je voudrais simplement faire 4  observations :

Première observation. Il me paraît indispensable de réfléchir aux choix énergétiques que nous faisons en fonction des effets attendus du changement climatique. Je fais partie de ceux qui pensent que le moment est plus que venu d’avoir au niveau national et peut-être au niveau européen, un plan d’adaptation au changement climatique. Il faut abandonner l’idée que le changement climatique est pour les générations futures. Il est pour les générations présentes. Lorsqu’on voit ce qui se passe aujourd’hui en France par exemple, on n’a pas de neige en moyenne montagne, ce qui veut dire 70% de chômage en moyenne montagne de tous les  saisonniers. C’est une réalité, c’est un fait. Que va devenir l’agriculture ? Quel type de semences ? Une moisson, deux moissons par an ? Le Bordeaux, le Bourgogne, on fait quoi ? Je veux dire pas là que toutes ces questions, tous les pays vont devoir se les poser et bien entendu aussi les questions énergétiques. Autrement dit choisir des éoliennes s’il y a des ouragans, oui à la condition de faire comme à la Désirade des éoliennes pliantes. Je prends cet exemple caractéristique pour bien montrer que lorsque l’on se lance dans des choix énergétiques ou dans des choix industriels quels qu’ils soient, et qui sont nécessairement de longue durée car on ne travaille pas pour les 2 ans qui viennent mais pour une ou deux générations, il est clair que l’on doit intégrer l’impact que va avoir le changement climatique dans les 20 ans qui viennent. Même chose pour les centrales nucléaires. Si nous renouvelons nos centrales nucléaires, il est probable qu’il ne faudra pas faire de centrales humides (c’est-à-dire au bord des rivières) mais des centrales mouillées (au bord des mers) tout simplement parce que le réchauffement des eaux rend de plus en plus problématique l’été le fonctionnement des centrales nucléaires. Donc si c’est la solution ajoute au problème ce n’est pas la peine. Voilà ma première observation.

La deuxième observation concerne les liens entre la décentralisation énergétique et les problèmes d’interconnexion des réseaux que vous aviez tout à fait raison d’évoquer. Je pense qu’il est toujours dangereux de dépendre d’une seule vision. La question de la décentralisation énergétique et de l’autonomie énergétique des territoires doit être soulevée. Elle pose des difficultés au regard d’une conception beaucoup plus centralisée autour de grosses installations de production de l’énergie électrique. Mais à partir du moment où « mix énergétique » choisi en Europe soit aussi un mix en termes de taille, nous pouvons regarder le problème de manière un peu différente. Personnellement je suis partisane de cette autonomie énergétique par ce que je pense que c’est une chance de développement économique des territoires. On le voit dans un certain nombre de régions européennes qui ont opté pour ce choix et cela permet également de favoriser les transports courts ,un point auquel, je crois, il faut attacher une certaine importance. Vous avez, Monsieur RISTORI, abordé avec juste raison la question du transport qui est probablement le secteur le plus énergivore aujourd’hui et dans le futur.

Nous allons tous engager très certainement des programmes très ambitieux sur les bâtiments, sur la rénovation des bâtiments anciens (on peut gagner très vite un facteur 4. Un bâtiment ancien va exiger grosso modo 300 KW au m2, un bâtiment ancien rénové 50 KW au m2). Donc l’avantage, on le trouve en termes d’activité économique mais aussi en terme social sur le pouvoir d’achat des ménages dans la mesure où on réduit massivement la consommation énergétique. Et puis on commence à faire des « bâtiments -énergie positive » qui permettent de revendre de l’électricité au réseau, dans une logique complètement différente qui appelle une réflexion sur la manière dont nos grandes entreprises énergétiques vont demain gagner leur vie. En effet comment faire gagner sa vie à quelqu’un qui va vous vendre moins de courant ? Et dont l’intérêt est de vous racheter du courant ? Il est me semble-t-il indispensable de conceptualiser la démarche économique. Or pour le moment je n’ai pas vu beaucoup de choses là-dessus à part Lester BROWN et l’éco-économie. Une vraie théorie économique dure –je ne suis pas une économiste- sur la manière dont on fait ce changement de paradigme me paraît absolument nécessaire si nous voulons aller dans la direction de l’efficacité énergétique c’est-à-dire créer un intérêt économique pour tous les acteurs, pas seulement pour les acheteurs mais aussi pour les vendeurs. Dans cette logique-là, le transport court est tout à fait intéressant. Le pôt de yaourt qui a fait 5000 kilomètres, le Jean qui en a fait 65000 sans compter tout le reste, çà ne va pas dans le sens de l’efficacité énergétique.

La troisième observation et la dernière sur ce sujet qui rejoint les précédentes, c’est la question de l’aménagement du territoire au niveau européen. Comment cette transformation énergétique, décentralisation énergétique ou pas, va jouer sur l’aménagement du territoire, sur les grands axes de transport, sur les grandes infrastructures ? Je crois que c’est un sujet absolument central.  Même s’il fait partie largement de la subsidiarité, on ne peut pas éviter l sujet parce qu’il impactera considérablement les choix qui seront faits et qu’il sera considérablement impacté par ces choix.

 

IV. Ma dernière observation portera sur les enjeux géostratégiques dont je parlerais avec beaucoup de prudence puisque Monsieur LEMIERRE en a parlé avec beaucoup de science. Je voudrais dire deux ou trois choses. J’ai été tout à fait sensible aux propos de Monsieur RISTORI sur Kyoto. Je crois que derrière la politique énergétique de l’Europe, il y a une vision de ce que pourrait être une véritable politique énergético-environnementale à l’échelle de la planète. Il est clair que si l’Europe ne maintient pas d’abord un cap ambitieux qui, soyons honnête, sert diablement nos intérêts industriels, à condition de bien les lier, et si surtout nous ne respectons pas les engagements que nous nous sommes donnés, alors je suis extrêmement pessimiste sur la capacité qu’aura le monde à se mettre en ordre de bataille pour atteindre 600-650-700ppm de rejet de carbone dans les 30 ou 40 ans qui viennent. Si une impulsion très forte n’est pas donnée par une région au sens planétaire du terme, avec un modèle de développement économique qui marche derrière, c’est-à-dire de la création d’entreprises et d’emplois, pourquoi diable voulez-vous que les autres s’y mettent sérieusement ? C’est un peu contradictoire avec ce que je disais tout à l’heure sur la Chine qui a investi 185 millards de dollars sur les ENR (énergies renouvelables) car cela veut dire qu’elle a vraiment compris quelque chose. Mais simplement on prendra beaucoup de retard. La Chine est d’ailleurs la seule dans cette voie-là. Ce n’est pas le cas l’Inde. Le Brésil est sur l’éthanol.

Un mot sur le Brésil. Je ne suis pas sûre qu’en termes d’éco-bilan brûler la forêt amazonienne pour faire de l’éthanol soit une idée de génie. Je le dis très simplement. Quand on sait que la déforestation aujourd’hui représente 20% de nos émissions de gaz à effet de serre, si on trouvait par un système de « dette-nature » ou autre chose le moyen de permettre aux pays du Sud d’arrêter ces politiques folles de déforestation, le coût marginal de cet investissement-là est sans rapport avec le coût marginal de tous les autres investissements quel qu’ils soient. Se gargariser avec le modèle brésilien de l’éthanol, je ne suis pas sûre que cela ne revient pas à se tirer des balles dans le pied en permanence.

Le rôle que l’Europe peut jouer comme effet d’entraînement sur le plan diplomatique mais aussi sur le plan industriel et économique dans ces secteurs-là m’apparaît tout à fait important. Plus nous seront soudés, plus nous serons clairs sur ce projet, plus nous serons forts à l’égard de nos vendeurs.

Je voudrais terminer avec un mot sur le problème très préoccupant de l’indépendance énergétique. Il est clair que les choix qui se présentent pourraient être de substituer du gaz à du pétrole qui effectivement émet un peu moins de GES, et de repartir sur du charbon à condition bien sûr qu’il y ait un système de captation et de séquestration de carbone qui n’est pas encore au point. Mais ne nous leurrons-pas ! Le risque de voir repartir massivement le charbon, que nous avons à disposition pour 150 ans seulement, serait un suicide collectif mais il n’est pas inenvisageable. Tout simplement parce que la pression économique est là. On peut améliorer le système que les allemands avaient mis en place pendant la guerre pour faire rouler les voitures On se suicide, très clairement, mais on le fera dans la joie puisqu’on aura de quoi rouler pendant 20 ans de plus.

 

En conclusion, je crois qu’il est très important que nous puissions être puissants vis-à-vis de nos vendeurs. Ce n’est que dans une Europe extrêmement unie sur le plan énergétique qu’on pourra l’être, que ce soit vis-à-vis de la Russie, ou vis-à-vis de l’Asie Centrale, ou vis-à-vis du Moyen-Orient dont on ne parle pas mais dont on est quand même extrêmement dépendants. Il est clair que plus nous développerons une politique énergétique européenne, plus elle sera autonome, - bravo pour les 20% d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique proposé par la Commission européenne-, plus  nous pourrons peser à la fois parce qu’on ser moins dépendants physiquement et parce qu’on aura une force de frappe plus grande sur le plan diplomatique.

 

Jacques RUPNIK : Merci beaucoup, Madame la Ministre vous nous avez donné le lien très important entre la dimension environnementale et la dimension industrielle de cette problématique et bien montré que si l’Europe peut avoir un effet d’entraînement, elle doit véritablement avoir une politique européenne. Ce que vous avez dit à la fin sur le charbonconcerne particulièrement certains des nouveaux membres de l’UE. Par exemple en république tchèque que je connais bien, le débat est relancé. On avait prévu de fermer ou de circonscrire les lieux d’exploitation du charbon, on envisage maintenant de rouvrir la question. Donc il ne sera pas facile de trouver le consensus entre tous les membres de l’UE. Je donne tout de suite la parole au professeur Jean-Marie CHEVALIER, professeur à l’Université de Paris-Dauphine.

 

Jean-Marie CHEVALIER :  Merci. Je suis en complet accord pratiquement avec tout ce qui a été dit depuis le début par les orateurs.

 

Pour moi l’année 2006 marque un tournant dans la problématique mondiale parce qu’il apparaît maintenant clairement que les problèmes d’énergie sont indissolublement liés aux problèmes d’environnement. Je citerais trois facteurs : 1). L’Agence Internationale de l’Energie (AIE), agence très officielle, a écrit dans la première phrase de son rapport 2006  que le futur énergétique que nous sommes en train de construire n’est pas soutenable. Il y a trop de pétrole, trop de gaz, trop de charbon, trop d’émissions. C’est un moment important dans la problématique de l’AIE. Elle n’aurait pas pu écrire cela il y a 3 ans. 2). Le rapport STERN de la Ministre du gouvernement britannique, qui montre du point de vue économique que le coût de l’action sera beaucoup beaucoup plus faible que ce que nous coûtera le fait de ne pas agir. C’est un élément très important. 3). Et je citerais enfin le film d’Al Gore, que je recommande à tous mes étudiants car c’est un merveilleux exercice pédagogique pour expliquer de façon simple un problème dramatiquement complexe. Ceci nous amène à dire que dans l’histoire de l’humanité c’est probablement la première fois que nous avons un bien public collectif qui s’appelle le climat et qui appartient de façon indivisible à 6 milliards d’individus, qui seront 9 milliards avant la fin du siècle.

 

Et il est clair qu’à l’heure actuelle, nous sommes dans une trajectoire qui effectivement n’est pas tenable. Je rappelle trois chiffres qui montrent toute la problématique de l’énergie et de l’environnement : les chinois consomment 1 tep (tonne équivalent pétrole) par habitant, les européens 4 et les américains 8. C’est-à-dire que les américains qui représentent 5% de la population mondiale consomment 25% de l’énergie mondiale, et sont responsables de 25% des émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas soutenable.

Le modèle chinois n’est pas soutenable. Car c’est un bilan à 70% charbon. Ils sont en train de s’asphyxier, malgré les Trois Gorges qui représentent l’équivalent d’une quinzaine de tranches nucléaires et malgré leur programme nucléaire (ils vont construire entre 20 et 30 centrales nucléaires d’ici 2020 ou 2030). Car en faisant un rapide calcul, le nucléaire qui n’émet pas de gaz à effet de serre, va passer de 1,5 % à 3 % dans le bilan chinois. Cà ne change pas grand chose. En plus le développement du charbon sale d’une part est un facteur de destruction de la santé des chinois eux-mêmes et d’autre part émet dans l’atmosphère du CO2 et des vapeurs de mercure qui vont polluer les lacs américains et canadiens.

 

Avec le modèle européen, on a un modèle d’une extraordinaire efficacité énergétique, qui est une vision énergétique d’un futur soutenable. À mon avis, çà n’a pas de prix. Cette vision, Dominique RISTORI l’a dit, et vous Madame l’avez repris, se décline en trois axes :

1. Efficacité énergétique avec un formidable potentiel industriel – j’ai été très sensible à ce qu’a dit Madame LEPAGE-. Derrière ce potentiel d’efficacité énergétique, il y a  des tas d’opportunités pour toutes nos entreprises qu’elles soient petites ou grandes, sur les équipements, les services, sur le fameux couplage des NTIC et de l’énergie qui n’a pas encore été réellement fait car les NTIC sont arrivés en 1999

Avant, le prix de l’énergie était dramatiquement bas, ce n’était pas incitatif. Aujourd’hui il y a un potentiel extraordinaire. Aux Etats-Unis, on voit dans le capital-risque beaucoup de nouveaux projets couplés sur cette liaison entre NTIC et Energie : réguler sur les flux, réaction des appareils intelligents par rapport à des prix, tout ce qui peut créer de la demande. La problématique de l’énergie depuis 150 ans c’est une problématique de l’offre. Maintenant compte tenu des prix, on est obligé d’en venir à une problématique de la demande.

Sur les prix, certains disent que c’est une bonne nouvelle que les prix de l’énergie soient élevés car çà va nous obliger à être efficaces. C’est pourtant une très mauvaise nouvelle pour les pauvres. Quand on voit le prix de l’essence à l’heure actuelle dans n’importe quel pays industrialisé et ce que cela représente pour quelqu’un qui est payé au SMIG pour prendre sa voiture et aller travailler, c’est très dur. Et je vois bien, au niveau international le prix du pétrole est tel que certains pays n’ont pas les devises nécessaires pour importer le mazout qui fabriquera de l’électricité. On est dans un système qui durcit les contradictions et les inégalités au niveau du monde entier. Il faut bien garder cela à l’esprit

  1. Réduction des émissions bien sûr
  2. Diversité.

Diversité est un mot magique. Magique parce que à l’instar des propos de Madame LEPAGE qui en appelait à de la théorie économique dure, je suis économiste, la théorie économique est très molle en ce moment parce qu’on est  dans un univers extraordinairement complexe qui de plus est caractérisé par de multiples incertitudes. On a beaucoup de difficultés à définir un modèle qui donne une réponse optimum. Il n’y a pas de réponse optimum. Ainsi la diversité, la théorie économique a beaucoup écrit là-dessus, est une réponse de bon sens. Aucune énergie n’est parfaite, aucune énergie n’est dotée de tous les avantages. Chaque type d’énergie que ce soit le nucléaire, la biomasse ou le solaire ont des inconvénients qu’il faut chiffrer, quantifier. La Commission européenne de ce point de vue a fait de gros efforts dans son étude « Externe E » qui cherche à mesurer les externalités et les coûts sociaux de chaque forme d’énergie. On a encore beaucoup de progrès à faire. Par exemple on ne sait pas quel est le coût social de la route et du transport routier. Face à ces incertitudes, la sagesse est de diversifier les sources d’approvisionnement. On a besoin de toutes les sources. Nous avons besoin du nucléaire, nous avons besoin de la biomasse, nous avons besoin du solaire, du charbon et du pétrole. Sachant que nous sommes dans des systèmes qui sont extraordinairement rigides. La planète, c’est 36% pétrole, 25% de gaz, 23% de charbon à peu près. Derrière ces 80% d’énergie fossile, il y a des rigidités structurelles : les tuyaux, les raffineries, les oléoducs, les tankers et le parc automobile. Et puis on a des rigidités de comportement. On ne change pas son comportement du jour au lendemain. Ce qui veut dire qu’on peut se demander si les changements qui se présentent de façon urgente ne sont pas en contradiction avec cette inertie des systèmes qu’on a beaucoup de mal à faire bouger.

 

Sur l’Europe, encore quelques mots. Récemment on  connu un phénomène intéressant, la panne d’électricité du 4 novembre 2006. EON a coupé une ligne parce qu’un bateau devait passer sur une rivière. Cette coupure de ligne a entraîné une panne en Europe jusqu’au Portugal et à la Grèce, avec la nécessité pour beaucoup de pays de faire des délestages, c’est-à-dire de couper volontairement le courant dans des zones non prioritaires afin d’éviter la panne totale. Donc, il y a de facto une solidarité et une interdépendance électrique de toute l’Europe, du Portugal et même du Maroc (car la liaison Espagne-Maroc a été coupée) jusqu’à l’extrême Est de la Russie. Cà il faut le gérer. Le gérer c’est effectivement renforcer terriblement la coordination, je dirais la gouvernance des systèmes électriques. C’est dans l’esprit du papier Energie du 10 janvier 2007 (Commission européenne) avec le rôle donné au régulateur qu’on appelle l’AERGET–Plus (L’association des régulateurs européens) pour qu’ils aient plus de pouvoir pour surveiller tout cela, que l’on ait un dispatching central, qu’il y ait plus de transparence, plus d’échanges d’information pour éviter les pannes auxquelles nous allons faire face. C’est un vrai problème.

Ceci n’est nullement en contradiction avec ce que vous avez dit Madame sur les systèmes décentralisés. Ils font partie de la réponse, je dirais raisonnable, aux incertitudes énergétiques. Du point de vue des citoyens, il est vrai que de plus en plus de citoyens d’un bout de la planète à l’autre ont envie de participer activement à la définition de leur mode de vie quotidien, qui est la qualité de l’air qu’ils respirent, de l’eau qu’ils boivent, des transports, du bruit, du mode d’énergie qu’ils ont etc. Au niveau local, on peut combiner différentes ressources pour construire des modèles énergétiques qui à terme seront peut-être totalement décentralisés, même si cela prend du temps.

 

Sur le gaz, je n’ai pas grand chose à ajouter sinon qu’il faudrait que l’on revienne à des prix de marché. Que les russes renégocient les prix avec la Biélorussie et l’Ukraine cela me paraît tout à fait normal. C’est la remise au niveau des prix de marché. En revanche en faisant cela, il faudrait tout de même que les russes regardent leur système interne de prix qui est, évidemment, totalement artificiel et subventionné. Là on tombe sur un problème gazier qui a déjà été évoqué par Monsieur LEMIERRE et je le répète, il y a une contradiction entre une demande interne de gaz russe qui est en croissance forte à u prix qui est déraisonnable et le fait que en amont ils n’investissent pas suffisamment pour développer les ressources qu’ils possèdent. On retombe sur un grand problème qui à mon avis renforce encore notre vision européenne de l’énergie, qui est de dire : au niveau mondial, il n’y a pas de problème sur les réserves, elles sont là pour longtemps encore, sauf que toutes ces réserves de pétrole et de gaz sont localisées à 80% dans des pays à risque, des pays souvent fermés à l’investissement. Le vrai problème est de savoir si les 20 000 milliards de dollars d’investissement dont on a besoin d’ici 2030 vont se faire pour développer ces ressources. Il y a des chances pour que la réponse soit mitigée compte tenu des turbulences géopolitiques dans ces zones à risque. Et ceci accrédite encore davantage ce que j’appelle une  vision énergétique européenne fondée sur les principes qu’on a déjà mentionné plusieurs fois : efficacité, diversité, réduction de nos émissions, et sécurité des approvisionnements.

 

Je terminerais en disant que je suis très critique vis-à-vis de la France, très critique par ce que on a vis-à-vis de l’Europe une vision de protection, protectionniste, et pas une vision qui cherche à saisir les opportunités de l’Europe. On a une classe politique, gauche et droite confondue, qui a fait passer en novembre 2006 un amendement qui permet à des gens qui avaient eu l’audace de quitter les tarifs protégés de revenir à des tarifs protégés pour l’électricité. Politiquement je le comprends mais économiquement çà n’a pas de sens. C’est un  blocage des prix. Un blocage des prix est le fait de ne pas donner aux personnes, aux consommateurs à la fois domestiques et industriels, les bons signaux de prix et malheureusement pour l’électricité, les bons signaux de prix doivent refléter le coût marginal, le coût en développement des nouvelles centrales à construire et ce coût est élevé. Ce n’est pas le coût moyen du nucléaire français. Et si on veut que les investissements se fassent, c’est bien le type de signaux qu’il faut donner.

En économie, il y a un certain nombre de grands auteurs :  Keynes et Schumpeter. On est très keynésiens encore : c’est l’Etat qui protège, qui protège, qui protège, l’Etat vers lequel on se retourne dès qu’il y a un problème qui cloche, l’Etat qui investit et crée de l’emploi. Aujourd’hui dans des Etats surendettés, la réponse keynésienne n’est plus tellement de mise. Et c’est plutôt vers une réponse Schumpeterienne qu’il faut tendre: l’entreprise, l’entrepreneur, l’opportunité. C’est pourquoi j’étais très sensible à ce que disait Madame Lepage sur les opportunités industrielles que nous fournissent cette vision de l’énergie.

 

Enfin sur le plan international, je suis tout à fait d’accord avec ce qui a été dit : il faut que l’Europe participe activement à la construction de cette réponse énergétique. Même si on n’arrive pas à négocier le post-Kyoto il faut que l’Europe continue. Et il y a probablement un allié auquel on ne pense pas nécessairement et qui serait peut-être utile : c’est le Japon. Le Japon est une économie totalement dépendante de ses importations d’énergie. Du coup il est devenu un des systèmes énergétiques les plus efficaces du monde. Europe et Japon face à ces grands gaspilleurs réels ou potentiels, je pense qu’il y a une carte à jouer qui me paraît tout à fait fondamentale.

 

Jacques RUPNIK : je vous remercie Monsieur le Professeur. Lors de la Révolution Orange, la Russie qui veut revenir aux prix du marché est immédiatement accusée d’instrumentaliser la question énergétique à des fins politiques contre la démocratie ukrainienne qui est en train de basculer. Elle vient de refaire à peu près la même chose avec la Biélorussie, aligner partiellement au moins ses prix du pétrole sur le prix du marché. Or il ne s’agit pas là d’un coût terrible porté à la démocratie mais aux subventions d’une dictature. Il y a eu la même indignation contre ce changement de politique russe. Il y a un thème de réflexion pour les européens sur l’usage politique dont la Russie peut faire dans l’approvisionnement énergétique. Je donne tout de suit  la parole à ceux qui veulent poser des questions.

 

Questions :

 

Question 1 : Journaliste bulgare. Jusqu’où la dépendance par rapport à la Russie peut-elle aller ? Comment rassurer les pays dépendants ?

Jean LEMIERRE : L’exemple de la Bulgarie est intéressant parce que l’énergie est un enjeu important pour la Bulgarie mais aussi parce que la Bulgarie en termes énergétiques est extrêmement importante pour les Balkans. Historiquement la Bulgarie est un très grand pourvoyeur d’énergie pour les Balkans.Je ferais trois remarques très concrètes.

D’abord la Bulgarie est un très bon exemple d’un pays qui s’est engagé résolument dans l’efficience énergétique. C’est d’ailleurs à ma connaissance le premier pays à le faire en Europe Centrale aussi clairement. C’est d’ailleurs avec la Bulgarie que nous (la BERD) avons mis en place avec le soutien de la Commission européenne les premières « credit-lines » à des PME et à des particuliers pour réduire la consommation énergétique. C’est une affaire qui marche bien. Je suis tout à fait d’accord avec Madame LEPAGE : « this is business ». Et c’est très efficace. Un exemple que j’utilise souvent est celui d’une boulangerie industrielle bulgare qui répond parfaitement à cette question. On leur a fait un prêt de quelques centaines de milliers d’euros pour réduire leur consommation énergétique : ils ont réduit leur consommation énergétique de 85%, tout simplement parce qu’ils avaient des fours anciens. J’ai parlé avec les dirigeants de cette moyenne entreprise, qui fournit du pain industriel. La réponse est : « nous allons rentrer dans l’UE, nous allons être soumis à la concurrence d’autres fournisseurs européens des grandes surfaces et nous voulons continuer à fournir. Et mieux vaut réduire la facture énergétique et payer des salaires plus élevés ». Ce qui me paraît relativement intelligent. C’est un très bon exemple de compétitivité économique et d’efficience énergétique. La Bulgarie s’est engagée tant sur le plan industriel que sur le plan des particuliers. A cet égard notamment il y a des travaux très importants de réhabilitation de réseaux de distribution et de production énergétique.

Deuxième exemple mais sur ce point vous en savez plus que moi. Les autorités bulgares ont entrepris l’achèvement de la construction de la centrale de Beriné avec un partenariat Europe de l’Ouest – Russie . C’est une autre dimension au débat énergétique car on revient au débat du nucléaire : il y a eu quelques débats sur la fermeture de quelques unités de production nucléaire. N ous ne faisons pas partie de ce projet ni  de la prise de décision.

Mais J’insiste sur l’exemple bulgare très positif en termes d’efficience énergétique. La Bulgarie montre bien ce qui à mon avis est d’une priorité absolue dans toute l’Europe Centrale. J’ajoute une négociation bien menée avec les autorités russes sur les contrats gaziers, sur le gazoduc.

 

Jacques RUPNIK : En Bulgarie, il y a des considérations pun peu critiques sur la façon dont l’UE a imposé la fermeture de la centrale de Kosloduy. C’etait une des conditions presque non négociable de la part de l’UE. C’est peut-être un modèle à certains égards mais en Bulgarie il y a des hésitations sur la façon dont l’Europe a géré cette négociation.

 

Dominique RISTORI : Sur ce point, et ceci est valable pas seulement pour la Bulgarie mais pour l’ensemble des pays, la sûreté nucléaire était un élément majeur non seulement de la Commission européenne mais de l’Union Européenne toute entière. Cela avait été posé comme un principe clef. Et ces engagements viennent de loin. Ce ne sont pas des engagements qu’il faudrait redécouvrir maintenant dans l’improvisation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle : 1. Il faut se féliciter que la Bulgarie ait respecté l’engagement de fermeture. J’ai suivi personnellement le respect de cet engagement qui est intervenu le 31 décembre 2006 pour la fermeture des unités 3 et 4 de Kosloduy. Je rappelle au passage que ce sont des unités de moyenne puissance, que si vous ajoutez les unités 3 et la 4, ensemble vous êtes à un peu plus de 800 MegaWatt, alors que les unités 5 et 6 de Kosloduy c’est 1000 MW chacune. Donc il faut vraiment se féliciter du respect par la Bulgarie de ses engagements qui je le rappelle ont été introduits au cœur du Traité d’adhésion.

2. En contrepartie de ses engagements, la Bulgarie a bénéficié et continue de bénéficier jusqu’en 2009 d’importants moyens financiers pour la soutenir non seulement pour le démantèlement mais également pour progresser en matière d’efficacité énergétique comme l’a rappelé Monsieur LEMIERRE.

3. Il faut se préoccuper plus de la nouvelle politique. Et par rapport à la nouvelle politique, ce qui est important c’est que la Bulgarie épouse les grandes orientations de l’Union Europénne y compris en matière de diversification. Là nous ferons tout ce qui est possible pour les aider. Nous le faisons déjà en soutenant toutes les études qui sont faites en liaison avec l’UCTE et l’Association Européenne des Gestionnaires de Réseaux de transport pour améliorer les conditions de fonctionnement et de développement des réseaux de transport électrique car c’est important pour la Bulgarie mais aussi pour l’ensemble des relations économiques et de sécurité régionales y compris les Balkans.

 

Questions 2 : RTL: les programmes des candidats à l’élection présidentielle française sont-ils à la hauteur des défis énergétiques ? Journaliste hongrois : Diversification : 1. Position de Bruxelles sur un scénario de partage de gaz entre la Russie, l’Iran et l’Algérie 2. Position de Bruxelles sur Nabucco et Blue Stream qui est un enjeu crucial pour la diversification du gaz pour l’Europe Centrale.

 

Corinne LEPAGE : Je ne sais pas Madame si je suis la mieux placée pour répondre. Je ne suis pas absolument convaincue que l’importance de l’enjeu ait été vraiment pris en compte dans les programmes des candiats. Autrement dit, oui les programmes comportent des élément sur la politique énergétique, sur le développement des énergies renouvelables. Mais c’est plutôt la vue d’ensemble sur les conséquences que peut avoir le changement climatique et les liens que la politique énergétique peut entretenir avec toutes les autres, qui manque. Il y a des mesures ponctuelles qui je pense vont dans la bonne direction mais il ne me semble pas que les programme intègrent la plénitude de l’enjeu, ce qui impliquerait des mesures dans toutes les politiques publiques. L’agriculture, on n’en a pas du tout parlé, ni de l’aménagement du territoire, ni de la politique des transports, de l’habitat etc. Je vous fais une réponse assez neutre car ce n’est pas le lieu ici de débattre de cette question plus en détail. Mais on a soit une approche systémique soit une approche sectorielle. Personnellement je suis favorable à une approche systémique parce que comme l’a dit le Professeur Chevallier, c’est le grand enjeu non pas du siècle qui vient mais des années qui viennent. Les programmes me semble-t-il restent dans une approche sectorielle.

 

Jean-Michel CHEVALLIER : Il me semble qu’il y a un manque de vision très biaisé par les échéances électorales. Lorsque je parlais des tarifs de l’électricité, vous l’avez vu, il y a un accord pour bloquer les tarifs, ce n’est pas sain. Sur le nucléaire, c’est plus compliqué. Il est clair qu’à droite on veut continuer le nucléaire et à gauche on veut le réduire. Mais la question à laquelle Madame ROYAL a répondu est extraordinairement complexe parce que faut-il toujours raisonner avec une référence nationale ou bien européenne c’est-à-dire en ayant à l’esprit le nucléaire 80% de la production ou de la consommation française ou bien le nucléaire français 20% de contribution à l’Europe ? On est en train de changer d’échelle avec une problématique qui est moins nationale et plus européenne. Par ailleurs il faut aborder la question du remplacement du nucléaire. Ce que vous avez dit Madame LEPAGE sur le problème des fleuves et des difficultés de refroidissement est très important. Si on restait  dans un cadre français, garder 80% de nucléaire çà me paraît trop, il faut réduire, mais à quel rythme et comment, on ne sait pas encore quelle est la durée de vie réelle des centrales nucléaires en activité, donc à quel moment il faudra penser à leur remplacement. Tout ceci pour dire que les questions énergétiques impliquent parfois une précision que ne peuvent pas avoir les candidats aujourd’hui mais qui montrent quand même une absence de vision globale.

 

Jacques RUPNIK : Il faudra voir à quel moment la Commission européenne dira à la France comme à la Bulgarie récemment de fermer telle et telle centrale qui a atteint sa durée de vie-limite.

 

Jean LEMIERRE : Sur Nabucco et le cartel Russie-Iran-Algérie. On va se répartir les questions. La Commission prend le cartel et moi Nabucco.

 

Dominique RISTORI : Sur le cartel, la réponse est très simple, la Commission européenne n’aime pas les ententes, ce ne sera pas une surprise pour vous. Toutes les ententes entre grands producteurs qui tendent à décider de tout, de prix et des niveaux de production pour influencer les prix, ne vont pas dans le bon sens. Dans le contexte des discussions que nous avons avec les grands producteurs, en l’occurrenc  la Russie et l’Algérie, - quant à l’Iran, vous comprenez que dans le contexte actuel, la question se pose en d’autres termes- nos positions seront à l’opposé de celles qui vont vers la création d’un cartel. Je pense que les intérêts réciproques que nous avons tant avec la fédération de Russie qu’avec la République algérienne pour créer un bon partenariat économique, équilibré, devrait largement nous éloigner de ce risque.

Mais le risque est là, on ne peut pas le nier. Cependant le fait que les russes et les algériens se parlent ne veut pas dire automatiquement pour autant que se crée un cartel. Il faut aussi faire attention aux mots. Il faut accorder aux mots le sens véritable qu’ils ont. Par conséquent notre ligne sera claire : éviter les cartels. Un cartel du gaz serait d’autant plus dangereux que ce serait un cartel resserré, étroit et pas un cartel du type OPEP qui reste beaucoup moins organisé. Le nombre de pays de l’OPEP est tel que, vous le voyez bien, les décisions se prennent toujours dans un cadre très difficile, très complexe, même si on peut contester telle ou telle décision ponctuelle qu’elle puisse prendre. Un cartel du gaz aurait un caractère beaucoup plus inquiétant de ce point de vue.

Mais notre expérience, notamment au niveau des contrats à long terme de gaz avec les russes est positive, en ce sens que nous avons pu avec nos collègues de la DG Concurrence nettoyer les contrats gaziers à long terme notamment de toutes leurs clauses de destination qui étaient totalement contraire à l’esprit communautaire. Je rappelle que ces clauses avaient comme résultat de lier les mains de l’acheteur. Par exemple l’acheteur italien comme l’ENI se voyait contraint d’utiliser leurs achats de gaz uniquement pour le marché italien, ce qui est totalement inacceptable. Un travail en profondeur a permis d’arriver à une solution tout à fait positive de ce point de vue. Ce sont des leçons à tirer que nous utiliserons à plein vis-à-vis de nos partenaires russes et algériens pour éviter de se retrouver devant un cartel de gaz.

 

Jean LEMIERRE : Sur le cartel du gaz et ses dangers, j’ajouterais un mot. Pour l’instant les prix du gaz qu’on achète sont liés d’une façon quasi automatique aux prix du pétrole parce que sur le marché de l’utilisateur final, le gaz est en face de son concurrent i.e. les produits pétroliers. Donc il me semble qu’un cartel du gaz aurait relativement peu de marge par rapport à l’OPEP qui a un rôle assez déterminant sur les prix du pétrole. Donc je ne pense pas qu’il y ait une très forte spécificité gaz et les chances d’aboutissement d’un tel cartel me paraissent très limitées.

            NABUCCO et Blue Stream sont des projets tout à fait essentiels pour l’Europe Centrale. Ce sont deux projets différents. L’Autriche a pris le pilotage de l’opération NABUCCO et bien sûr c’est très important pour la Hongrie. Nabucco c’est essentiellement un pipeline qui consisterait à apporter du gaz en gros d’Azerbaijan vers le Sud de l’Europe et l’Europe Centrale. À mon avis çà pose deux questions : 1. la première question s’appelle la Russie parce que ce pipeline devrait traverser notamment la Turquie qui est dépendante assez largement de la Russie en matière énergétique. Et puis encore une question russe. Certes c’est une bonne chose d’avoir un pipeline mais il faut mettre quelque chose dedans. Or l’Azerbaijan n’a pas la capacité de produire plus que ses propres besoins et les besoins régionaux locaux. En tous les cas, cela ne justifie pas un pipeline. Donc il y a une deuxième question russe qui s’appelle le Kazakstan. Est-ce que le Kazakstan pourrait mettre du gaz dans ce pipeline ?. La technologie n’est pas trop compliquée. C’est le problème du transport dans la Caspienne. Le débat est de nature politique. 2. Cela soulève une deuxième question : comment met-on du gaz dans le pipeline ? C’est le problème de l’Iran. NABUCCO est un pipeline géopolitiquement extrêmement compliqué mais qui fondamentalement repose sur : qu’est-ce-qu’on met dedans ? Vous connaissez comme moi le débat sur l’Iran, et la Russie vous connaissez le débat. On revient toujours en termes géopolitiques au même type de débat. Il y a un autre pipeline, Blue Stream qui, au fond, alimenterait à peu près les mêmes pays mais pas à partir de la même destination. Ce serait plutôt l’Asie Centrale, plutôt sous contrôle russe.

Vous voyez bien que normalement les deux concepts qui sont en opposition devraient raisonnablement se rapprocher. Pour dire les choses plus brutalement, je ne vois pas comment ces deux pipelines sont construits contre la Russie. Vous revenez toujours au même débat qui est à la fois : ou la route qu’il doit suivre, ou la capacité des pays fournisseurs à accepter un débat ou des pressions. Or vous savez comme moi qu’au Kazakstan, la route principale d’exportation du gaz kazake ou du gaz ouzbek passe par la Russie. Vous revenez toujours au même type de débat. NABUCCO et BLUE STREAM sont deux beaux projets qui encore une fois devraient logiquement essayer de se rapprocher ou en tous les cas dans lequel tout le monde devrait avoir un intérêt tel qu’il n’y ait pas de blocage. C’est en fait çà.

 

Jacques RUPNIK : Merci beaucoup pour la clarté de cette proposition. Quand il y a un pipeline, il faut mettre quelque chose dedans. C’est le niveau de l’économie que je comprends assez facilement. Autre question.

 

Question 3 : Les projets de la BERD en Russie dansle domaine énergétique.

 

Jean LEMIERRE : En Russie nous avons deux objectifs essentiels :

1. Promouvoir la réforme du secteur énergétique. Dans le secteur énergétique en Russie, une partie extraordinairement importante de la vie quotidienne des russes est en cours de réforme : la réforme du secteur de la production de l’électricité. Ce sera curieux peut-être pour vous, mais la Russie connaît des ruptures d’approvisionnement électrique fréquents et graves. L’électricité l’hiver dernier a été coupée à plusieurs reprises à Moscou et dans certaines régions russes. Vous savez mieux que moi que sans électricité l’hiver en Russie on meurt. Ce sont des questions extrêmement importantes. Et la réforme de RAOUIS est extrêmement claire : d’un côté on conserve dans le secteur public le réseau de distribution et on passe au secteur privé la production de l’électricité. Cette réforme est engagée, on en est à la deuxième ou à la troisième opération que nous soutenons. Ainsi on pense souvent qu’il y a absence de réforme dans le secteur énergétique en Russie, mais en matière électrique il y en a une qui correspond à un besoin.

2. La deuxième chose que nous soutenons de plus en plus massivement, c’est l’efficacité énergétique, l’efficience énergétique. Encore une fois, la Russie est un pays qui consomme énormément d’énergie et qui gaspille énormément d’énergie. Face aux engagements qu’ils ont pris, et face à la volonté qu’ils ont d’augmenter les prix de l’énergie en interne, ils ont bien compris çà, il y a des besoins d’investissements tout à fait considérables. Pour nous c’est une orientation absolument prioritaire que de financer l’amélioration de l’efficience énergétique en Russie. Encore une fois, ce sont des données de type macro-économique, c’est-à-dire que toute amélioration a des effets absolument massifs. Il y a un projet dans une grande entreprise pétrochimique russe dans laquelle l’économie de gaz qui sera réalisée chaque année est équivalente à la consommation de gaz de la Suisse par mois. On parle de données qui ne sont pas totalement négligeables. L’efficience énergétique est un vrai sujet, les autorités russes commencent à en prendre pleinement conscience. Vous avez  énormément questions liées l’amélioration des pertes dans les pipelines. Nous commençons à aborder la question du financement du « gaz-fering » c’est-à-dire la récupération du gaz qui part aujourd’hui dans l’atmosphère. Là vous avez des sources d’efficacité et d’économie d’énergie tout à fait essentielles.

 

Jacques RUPNIK : Une question sur la Présidence allemande. A la fin de son mandat le Chancelier Shroeder a signé un accord bilatéral sur le fameux pipeline sous la Baltique. La Présidence allemande a comme objectif affiché d’élaborer une politique européenne dans le domaine de l’énergie. Comme concilier les deux dimensions ?

 

Dominique RISTORI : Passer d’une situation où il n’existe pas de politique énergétique européenne, où il y a des éléments de politique énergétique : des directives sur le marché intérieure, sur l’efficacité énergétique, sur les renouvelables, etc., à une situation où il en existerait une, permettrait justement à l’avenir de faire en sorte que les grandes décisions s’intègrent dans une vision commune de nos intérêts et de nos intérêts bien compris.

Je crois qu’aujourd’hui les choses sont en train de changer pour des raisons que nous avons expliqué tous ensemble, de telle sorte qu’on voit bien l’importance des adaptations qui se font. Je rappelle que,le Royaume-Uni a été le pays le plus opposé à un chapitre Energie dans le projet de Constitution européenne. Quelques temps plus tard son premier ministre Tony Blair a été le premier lors du sommet informel d’Hampton Court à lancer le débat sur les erreurs commises en la matière : l’aveuglement qui a consisté à ne pas voir la plus-value énorme qui découlerait d’une approche énergétique commune. Ce qui a valu en termes de nouveau positionnement du côté du Royaume-Uni est en train de prévaloir de plus en plus du côté de l’Allemagne de telle sorte qu’aujourd’hui .- et c’est intéressant - si dans le monde, les Etats-Unis avaient une approche et commencent à avoir une approche un peu moins unilatérale, alors il y a un rôle à jouer encore plus grand pour l’Union européenne. Cà vaut en ce qui concerne les choix fondamentaux de politique énergétique mais çà vaut aussi pour la co-direction des affaires internationales dans des domaines aussi sensibles que le changement climatique (tout le monde en a parlé) mais aussi par exemple la négociation iranienne, la crise israélo-palestinienne. Il y a là un formidable espace que nous n’emprunterons véritablement avec succès que si on se dote de la crédibilité dans la capacité collective de décision et c’est en se sens que les réponses qu’apporteront ou n’apporteront pas les chefs d’Etat et de gouvernement le 8 mars 2007 seront lourdes de conséquences sur l’avenir, compte tenu du caractère stratégique des choix qu’il y a à faire dans le domaine climatique et dans le domaine énergétique aujourd’hui. Le momentum est particulièrement important. Il est décisif en ce sens que les décisions que nous prendrons sur les grands investissements sur le panier énergétique auront des conséquences sur plusieurs décennies à venir. Or ces décisions il y a urgence à les prendre dans les 5 à 7 années prochaines.

 

 Question –journaliste polonais : Que va-t-il se passer le 8 mars plus spécifiquement ?

 

Dominique RISTORI : La réponse est simple en ce sens que les questions sont simples. J’ai indiqué que à la fois le climat et l’énergie sont concernés. La première grande question est la suivante : est-ce que les chefs d’Etat et de gouvernement répondront OUI au fait de s’imposer de manière contraignante l’objectif de réduire de 20% par rapport au niveau de 1990 les gaz à effet de serre d’ici à 2020 pour l’UE toute entière. Si tel est le cas, et les premières impressions vont plutôt dans ce sens, çà veut dire que l’ensemble de la panoplie des capacités d’action en termes de politique énergétique doivent suivre, à la fois sur la diversification en matière de panier énergétique, sur l’immense effort de recherche sur les énergies propres, sur l’efficacité énergétique à développer notamment pour le secteur des transports, du bâtiment et sur l’ensemble du formidable enjeu industriel pour la production de tous les articles notamment électro-ménagers et électriques. Ca veut dire que sur l’ensemble de nos discussions avec les grands consommateurs et les grands producteurs nous aurons plus de chance de parler d’une seule voix et d’influer sur les résultats à attendre. Alors oui, s’il y a réponse à ces questions fondamentales, on peut estimer qu’on aura une Europe qui en termes de politique énergétique sera moins dépendante et se donnera des moyens de l’être vis-à-vis de l’extérieur par une diversification qui attaquera les questions là où elles se trouvent y compris en ce qui concerne les nouveaux Etats membres en les aidant progressivement à sortir d’une dépendance à 100% vis-à-vis de la Russie, à interconnecter ces réseaux avec l’ensemble du continent européen, en poussant toutes les études en ce sens et en se donnant plus de moyens de diversification, de sécurité et de compétitivité. Ce sera une étape qui conduira ensuite à une série de propositions concrètes que nous présenterons sur le cheminement institutionnel classique (Conseil des ministres classique : energie, environnement, recherche, agriculture et Parlement européen).

 

Jacques RUPNIK : La question que se pose les nouveaux membres. Après la politique bilatérale, y-a-t-il une européanisation de la politique allemande de l’énergie ? La Présidence allemande s’y prête.

 

Jean LEMIERRE : Ce qui me frappe le plus aujourd’hui, c’est que le débat-consommation d’énergie n’est pas un débat très important en Europe Centrale. Le débat important c’est le débat de la dépendance je comprends certes mais il y a une chose à la portée de chaque Etat c’est l’efficience énergétique. Je suis complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit mais ce n’est pas une raison pour attendre. Le grand danger est que chaque Etat attende une réponse générale à un grand problème. Dans l’allocation de fonds européens aux Etats membres, il appartient aux Etats membres d’allouer ces fonds en fonction de priorités. Le débat de l’efficience énergétique surtout à un moment où nous avons une croissance élevée et où il y a une formation de capital élevée, devrait être une priorité. Je vous laisse juge du fait que dans tous les Etats membres en Europe Centrale c’est la première priorité ou pas. Et çà n’appartient pas à Bruxelles, çà appartient aux Etats membres.

 

Dominique RISTORI : Absolument et c’est un point capital. Madame LEPAGE l’avait souligné aussi à juste titre. Dans cette affaire on voit bien qu’aujourd’hui la Présidence allemande prend à bras le corps l’approche énergétique sur une ligne européenne. Cà vaut sur cette question, çà vaut aussi sur l’Iran etc. ce n’est pas neutre. C’est l’ensemble des politiques qui sont interpellées, y compris la politique agricole, recherche, politique commerciale extérieure Comment voulez-vous progresser valablement sur les bio-carburants si en même temps il n’y a pas de cohérence avec nos concurrents  brésiliens etc. C’est une panoplie complète d’instruments qui doivent être utilisés.

 

Jean LEMIERRE : Ce qui est intéressant pour arriver au niveau totalement micro-économique. Voyez dans chaque Etat membre la manière dont des dispositifs bancaires s’adressant aux grandes entreprises ou aux PME et aux particuliers se sont mis en place en faveur des économies d’énergie. C’est extraordinairement ouvert et il n’y a pas de raison d’attendre.

 

Jacques RUPNIK : On est vraiment parfait. Il est 1 heure pile. Je remercie beaucoup… Ce sujet est tout de même important dans la campagne française. Merci à vous vraiment.

 

Mr de Backer

Editor_chief@euractiv.com