L'exposition « Itinérances »

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2/ LE PERIPLE D'UN MAÇON ITALIEN A TRAVERS
L'HISTOIRE

Témoignage (extraits) d'un Blaisois d'origine italienne qui a préféré rester anonyme.

16 Août 1925 - La fête bat son plein. Aujourd'hui, c'est la San Rocco - II fait beau, mes copains et moi nous faisons la fête. Ce sera la dernière avant bien des années dans notre village ! Ce soir nous prenons la route pour la France. Les bagages sont prêts. Les contrats de travail signés. J'ai 17 ans. En Italie c'est la misère. Ma mère est morte en 1918 en laissant 3 orphelins. Mon père s'est remarié un an après : il a fait un enfant à sa femme et il est parti en Amérique.
.../...En 1946, nous rentrons sur Blois, pays de ma femme. Pas de logement ! Ma belle-mère nous héberge à quatre, dans une cabane en planches, sans eau, sans sanitaires, sans cabinet de toilette. Les hivers sont rudes. Je trouve du travail dans la maçonnerie et je participe à la construction des murs du fossé du château. Ensuite, pendant 25 ans, je travaillerai comme chef de chantier à la restauration des châteaux de Blois, Talcy, Chaumont, Chambord, Beauregard, d'églises de la région parisienne, puis à la réfection des églises romanes du Poitou. Ce seront 25 années d'errance au hasard de chantiers lointains, à raison de 54 heures par semaine !

En 1947, pour la première fois depuis 22 ans, je suis retourné en Italie pour chercher mes papiers d'état civil en vue de me marier, chose que je n'aurais pas pu faire avant car j'aurais été considéré comme déserteur. Mes 4 frères et mon père m'attendaient sur le quai de la gare. Le seul que j'ai reconnu, c'était mon père. Quant à mes frères, j'avais laissé des enfants et je retrouvais des adultes, mariés et pères de famille, pour les trois premiers. En Italie, c'était la misère ! Pire qu'en France !

…/...En 1976, à la retraite, j'ai construit là bas notre maison de vacances, car même si j'ai fait le choix de rester en France où, après bien des difficultés, je me suis parfaitement intégré, l'Italie reste toutefois mon pays natal. Je suis satisfait des accords qui vont permettre aux étrangers de la communauté européenne de voter pour les élections municipales de mars 2001. Après avoir travaillé et vécu depuis 76 ans en France, je pense avoir acquis ce droit !
(Propos recueillis en décembre 2000)

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