Les "Caïffa", colporteurs de café

"(Ces colporteurs de café) avaient été lancés par un certain Albert Cahen qui avait acheté la cargaison d'un bateau au Havre, bateau qui, à la suite d'un coup de mer, avait eu son fret en partie noyé, donc en partie invendable. Cahen avait tout acheté : il avait séché et fait griller le café, l'avait enfin vendu à la petite semaine par colportage. Ensuite, il était devenu marchand de café et importateur. Il avait organisé son réseau de distribution dans les campagnes avec ses petites voitures à trois roues."

 

Lettre de l'ethnologue Bernard Edelne de Caen)

Le "caïffa" était une figure en vue, à l'époque, tant en ville qu'à la campagne. Il assurait la gérance d'une boutique dépendant d'une célèbre société dont le siège se trouvait rue Joanès à Paris. Cet établissement à succursales multiples couvrait la France entière. Sa réputation venait principalement du café surchoix dont il se glorifiait à juste titre. L'éventail se composait aussi de sardines en boîte, de pâtes, de gâteaux secs, de chocolat à croquer, de crèmes instantanées, d'huile et de vinaigre, de sucre, de savon et de lessive, de poivre, bref de l'ensemble habituel de l'épicerie courante.

(…) La maison fournissait (…) une coquetterie, une paire de casquettes par an : une grise en été et une verte en hiver. Ces coiffures étaient l'attribut du caïffa qui, souvent, complétait sa tenue d'un tablier de jardinier (…) et d'une sacoche d'épicier. Bien entendu, il ne manquait pas de se coincer sur l'oreille son inséparable crayon-encre dont il mouillait la mine, du bout de la langue, avant de prendre note sur le calepin.

(…) L'approvisionnement était livré par le chemin de fer, en gare de Romorantin. Le café arrivait en sacs. C'était au destinataire de le peser et de l'ensacher dans des pochons imprimés à la marque.

(…) L'avantage du caïffa, hormis la qualité de ses articles et les solides structures de la maison, résidait dans la coutume singulière qu'il avait de mener son commerce : il "chinait" en effet; autrement dit, il se déplaçait à domicile. En ce sens, il perpétuait la tradition des colporteurs d'antan.

Témoignage de M. Maurice Echard, colporteur de café à Romorantin

 

"Je revois son arrivée au village. On l'apercevait de loin ; il venait de la localité voisine, Sainville, distante de quatre kilomètres. Peu d'autos l'inquiétaient sur son trajet. Il poussait sa voiture aux trois roues cerclées de fer. (…) Puis, de maison en maison, il se présentait en criant : "Caïffa, caïffa !", tout en répondant aux commandes. Ma mère avait pour habitude de lui prendre du café. (…) Café, chicorée, chocolat, pâtes composaient son éventaire. Comme à cette époque on reprisait beaucoup, il proposait également du fil, du coton et des aiguilles. Il extrayait tout cela des tiroirs superposés qui meublaient sa cage roulante d'un mètre de côté."

 

Lettre de M. Pierre Parcineau de Lethuin

Les textes cités ci-dessus sont extraits de l'ouvrage "Pierres qui roulent" de Gérard BOUTET Jean Cyrille GODEFROY -  Editeur

 

 

Labasse georges

12 juillet  2001

BCD école J.Ferry Blois